Noël

LA MOINS PIRE, DES PIRES
par Sylvie Marcoux

À la fin de l’hiver dernier, une jeune femme dans la vingtaine a squatté le vestibule de la coopérative où j’habite. Elle évitait délibérément le regard de ceux et celles qui devaient obligatoirement passer par là pour sortir, comme si elle appartenait à un monde parallèle dont nous ne faisions pas partie. La plupart des membres l’ont laissée en paix. Elle cherchait un endroit où dormir au chaud et elle en avait trouvé un. Quant à moi, je l’ai observée, pour mieux la connaître. Elle fumait la cigarette à l’extérieur pour ne pas enfumer les lieux. La nuit terminée, elle ramassait son paquetage pour ne pas nous encombrer. Il lui arrivait aussi de venir se réchauffer durant le jour. Elle en profitait alors pour passer quelques coups de fil. Ses conversations étaient toujours amicales et respectueuses. Au moins, me suis-je dit, elle n’est pas complètement seule. J’ai alors songé: je vais lui offrir mon aide, si elle la refuse, j’aurai au moins essayé.
 
Le matin suivant, au moment où j’étais à deux doigts de le faire, une des membres de la coopérative, qui n’avait pas encore croisé notre squatteuse, a voulu la chasser. Alors qu’elle s’apprêtait à l’invectiver violemment, je l’ai interceptée: «Ne la mets pas dehors. Elle ne fait rien de mal. Elle a juste besoin de se reposer un peu.» Ce à quoi elle m'a rétorqué avec beaucoup d'animosité: «Es-tu en train de me dire que c’est la moins pire, des pires?» Cette réplique m’a jetée par terre. Comment pouvait-elle affirmer une telle chose, alors qu'elle n'avait même pas cherché à connaître cette jeune femme? J’espérais bien naïvement l’avoir convaincue de ne pas intervenir, mais elle a appelé les policiers et ils l'ont expulsée.

Cet évènement m’a profondément bouleversée. Je m’en suis bien sûr voulu de ne pas lui avoir offert mon aide plus tôt. J’ai réalisé alors à quel point l’accueil de l’autre est viscéral chez moi, sans doute parce que j’ai été abandonnée à la naissance et que cela revêt une signification concrète et toute personnelle pour moi. C’est d’ailleurs ce qui me touche chez Jésus: son accueil inconditionnel des gens les plus vulnérables autour de lui. Ceux-là mêmes qui ont le plus besoin d’espoir.

Elles sont nombreuses les personnes en quête d’amour et de considération de nos jours. Et cette jeune femme en faisait partie. L’accueil est un mouvement perpétuel qui fait naître la vie. Le Christ le savait et il en a témoigné tout au long de son existence.

«L’accueil crée la personne accueillie, un peu comme le regard crée l’œuvre d'art.*»

Joyeux Noël!

Sylvie Marcoux
Rédactrice en chef adjointe Prions en Église

* Citation tirée d’un article intitulé L’accueil, la grammaire des relations, paru dans le numéro 264 de la revue française Santé mentale, en janvier 2022.




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