4e dimanche du Carême

UNE MEILLEURE VERSION DE SOI-MÊME
par Sylvie Marcoux

Un jour ou l’autre, la plupart d’entre nous, croyants ou incroyants, caressent le désir de changer un comportement dont nous ne sommes pas fiers, de mater des démons intérieurs qui nous font souffrir. C’était vrai à l’époque de Jésus, et c’est encore vrai de nos jours. Les gens aux prises avec des dépendances de toutes sortes en savent quelque chose. 

Durant quelques années, j’ai été présente aux côtés d’un proche accro à la drogue. J’ai bien failli y laisser ma peau, parce que j’avais du mal à imposer mes limites. Mais il importe bien souvent de le faire, quand on aime. J’ai donc demandé de l’aide pour y arriver, pour mieux aimer l’autre et pour mieux m’aimer moi. C’était le prix à payer pour continuer à soutenir adéquatement cette personne qui m’est chère. Entre autres, en la laissant tracer à son rythme son chemin de conversion, qui n’avait rien d’un long fleuve tranquille. Je me suis alors rendu compte que la conversion n’était pas à sens unique. Cette expérience m’a convertie moi aussi, d’une certaine manière. Elle a converti mon regard sur moi-même et sur l’autre et cela m’a changée, transformée, pour le mieux. 

Durant toutes ces années, j’ai souvent repensé à une religieuse que j’avais rencontrée dans une autre vie, et qui avait elle aussi accompagné, avec des membres de sa communauté, un père de famille dépendant à l’alcool. Après quelques mois d’efforts infructueux pour l’aider à s’en sortir, elle et ses compagnes avaient conclu que c’était une cause désespérée et qu’elles perdaient leur temps. Puis, un jour, l’homme a mis le feu à la maison familiale alors qu’il était en état d’ébriété. Dans la foulée, sa femme l’a quitté, en emmenant leurs enfants. Il s’est donc retrouvé seul, face à lui-même. C’était le déclic qu’il lui fallait pour reprendre sa vie en main. 

Cette religieuse s’en est bien sûr voulu, et ses compagnes aussi, de ne pas avoir vu en cet homme autre chose qu’une épave à la dérive. De ne pas avoir perçu le potentiel de conversion qu’il y avait en lui. Elle m’a avoué bien humblement s’être gardée par la suite de tout jugement envers son prochain. Il y a toujours de l’espoir, m’a-t-elle confié, et cet homme en est la preuve. Elle ne pouvait plus dès lors réduire l’autre à un comportement, aussi misérable soit-il.   

Grâce à elle, j’ai appris à voir au-delà des apparences, à sonder les cœurs, en particulier le mien, à prier aussi, et à méditer quand je perds l’espoir. La personne qui m’est chère a elle aussi vécu un déclic qui l’a menée sur le chemin de la sobriété. J'en remercie le ciel tous les jours. 

Je pense qu’il y a une part de mystère en chacun et chacune de nous. Un potentiel de conversion insoupçonné, dicté le plus souvent par l’amour. Et pour moi, j’irais jusqu’à dire qu’il est le moteur de toute conversion.

Sylvie Marcoux
Rédactrice en chef adjointe Prions en Église

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