Dimanche des Rameaux


UN MOMENT UNIQUE
par Jean Grou

On appelle couramment la célébration qui ouvre la Semaine sainte le « dimanche des Rameaux ». Or, son nom complet est « dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur ». Pourquoi donc cette omission de « la Passion »? Pour garder sous silence la souffrance du Christ? Pour éviter de tomber dans un certain dolorisme dont nous peinons parfois à sortir? J’en doute. Je crois plutôt, et il s’agit d’une opinion sans fondement scientifique, que c’est en raison de la fascination qu’exerce dans nos esprits la procession avec les rameaux.

Ce dimanche se démarque, en effet, par son rituel selon lequel tous les fidèles présents peuvent s’adonner à une certaine théâtralité avec la procession des rameaux. C’est exceptionnel, car la liturgie chrétienne est plutôt réfractaire à l’usage de mises en scène. Il y a bien le lavement des pieds le Jeudi saint, mais ce rite n’est généralement exécuté que par quelques personnes dans l’assemblée.

Le caractère pratiquement unique de cette célébration lui donne une place spéciale dans mon cœur. Lorsque commence la procession, j’aime emboîter le pas des autres membres de l’assemblée, à la manière de la foule qui a accompagné Jésus lorsqu’il entra triomphalement à Jérusalem. Une certaine fébrilité m’envahit lorsque nous brandissons nos rameaux en chantant un refrain à la gloire du Sauveur.

Cela dit, je me souviens d’une célébration des rameaux et de la Passion qui m’a laissé un goût étrange, il y a de cela plusieurs années. En raison d’un malentendu, on avait omis de retenir les services d’une personne pour assurer l’animation musicale. Si bien que la procession, qui me tient tellement à cœur, s’est déroulé dans le silence le plus complet. Personne n’a eu l’idée ou l’audace d’entonner un chant de louange ou de lancer une acclamation à la gloire du Roi des rois. J’ai ressenti un réel malaise de voir ce défilé de fidèles bouches fermées, à l’air résigné. J’aurais pu me dire que cela nous permettait de faire preuve de retenue pour nous préparer au drame dont nous allions être témoins avec le récit de la Passion. Mais non, ça n’aurait pas tenu la route.

Un tel « accident de parcours » peut se produire en tout temps, et il n’y a pas lieu d’en faire un drame. Mais je ne vous le souhaite pas. Au contraire: j’espère que vous profiterez de belle manière de ce moment unique de la procession des rameaux qui nous est offert de vivre annuellement en Église!


Jean Grou
Rédacteur en chef de Prions en Église et de Vie liturgique
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